Il marche sur le pont vide. Le soleil du matin met en avance l'ombre de la fanfare et des invités
(Le ruban de l'inauguration est un lacet tremblant). Il dérive isolé sur l'asphalte du pont.
La construction l'étonne. Il se penche.
Ses bras caressent le volume du parapet gris. Au-delà l'eau glacée se contrarie.
Il observe la trame. Son costume est neuf.
Les prises de vue éclairent les bosquets coupés de frais. Le pont relie
maintenant les deux rives des forêts qui fondent sous les vaguelettes de terre.
Il marche et pense à son dessin. Ce gigantesque trait interrompu par quatre sphinges.
Il la voit sur la plage de gravier, un manteau orné d'un petit col de fourrure.
Ses cheveux clairs dissimulent partiellement son visage blanc.
Il y a à côté d'elle un lilas, planté dans la nuit.
Dans un mouvement à distance, les yeux de la silhouette
se jettent lentement vers lui.
L'angle d'une sphinge les protège maintenant du vent. Le
dessin
s'installe définitivement.
Il ferme son visage et compte ce qu'il se prive de voir. Elle est sans élan face à lui.
Les paroles échangées à distance restent inaudibles à la foule des spectateurs qui approchent.